13 octobre 2026

Interview de Laure Bisserier et de l’équipe du PFSE

Informations

« La sécurité affective constitue la condition essentielle de tout accompagnement »

À l’occasion de la conférence « La théorie de l’attachement au cœur de nos pratiques professionnelles », nous sommes allés à la rencontre des membres de l’équipe du PFSE (ADEI – Pôle Protection de l’Enfance) : Blandine BERTANDEAU, Nadia BARON, Stéphanie FERREIRA, Isabelle DIOT et Laure BISSERIER (Cheffe de service éducatif).

I. Parcours et approche

1. En quelques lignes, pouvez-vous nous présenter votre profession, votre parcours et votre domaine d’expertise principal ?

Nous intervenons auprès d’enfants confiés dans le cadre de la protection de l’enfance et accueillis en famille d’accueil. L’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) nous sollicite pour prévenir les risques de rupture dans leur parcours de placement, en soutenant l’assistant familial dans sa compréhension des besoins de l’enfant et dans sa capacité à y répondre, notamment sur le plan de la sécurité affective.

Il s’agit également d’accompagner ces familles d’accueil pour qu’elles puissent rester disponibles et ajustées dans la relation, y compris lorsque les manifestations et les symptômes de l’enfant peuvent être éprouvants au quotidien.

Notre démarche s’appuie sur l’approche systémique et les apports de la théorie de l’attachement. Celle-ci nous permet de mieux comprendre les besoins de l’enfant, ses réactions et ses comportements, mais aussi de questionner nos propres pratiques.

2. Qu’est-ce qui vous passionne particulièrement dans la théorie de l’attachement et dans ce qu’elle peut apporter aux pratiques professionnelles ?

Ce qui nous paraît particulièrement intéressant, c’est qu’elle permet de changer notre regard sur l’enfant. Un comportement qui peut sembler difficile, provocateur, opposant ou incompréhensible peut être considéré autrement lorsqu’on cherche à comprendre ce qu’il vient exprimer de son histoire, de ses expériences relationnelles et de son besoin de sécurité.

La théorie de l’attachement nous invite à ne pas nous arrêter au comportement visible, mais à nous demander :

« Que cherche à nous dire cet enfant à travers ce comportement ? De quoi a-t-il besoin de la part de l’adulte qui prend soin de lui ? »

Elle nous amène également à considérer que, pour un enfant ayant connu des ruptures ou des expériences relationnelles très insécurisantes, créer un nouveau lien de confiance demande du temps. Cela nous aide à ajuster nos attentes et à éviter des réponses qui pourraient, malgré nous, renforcer l’insécurité de l’enfant.

II. Focus sur la conférence

3. Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre conférence : « La théorie de l’attachement au cœur de nos pratiques professionnelles » ?

Notre intervention vise à présenter le processus dans lequel notre service est engagé depuis plusieurs années maintenant pour intégrer les apports de la théorie de l’attachement comme véritable outil d’intervention.

Dans le contexte du placement, cette réflexion prend une dimension particulière : comment permettre à un enfant qui a vécu plusieurs ruptures d’investir un nouveau lieu de vie et de nouveaux adultes sans vivre à nouveau la relation comme une source d’insécurité ?

4. Pourquoi la théorie de l’attachement constitue-t-elle aujourd’hui un repère essentiel pour les professionnels qui accompagnent les enfants et les familles ?

Parce qu’elle nous rappelle que la relation est au cœur du développement de l’enfant. Pour un enfant abîmé par de multiples maltraitances, cette question est encore plus centrale : il a souvent connu des ruptures successives, des changements de lieux de vie, des relations instables ou des expériences ayant profondément fragilisé sa confiance envers l’adulte.

La théorie de l’attachement nous donne un cadre de compréhension pour penser ces expériences sans réduire l’enfant à ses difficultés. Elle nous permet surtout de garder en tête qu’avant de pouvoir apprendre, se construire, investir les autres et son environnement, l’enfant a besoin de se sentir suffisamment en sécurité.

Dans nos pratiques, cela signifie que la sécurité affective n’est pas secondaire : elle constitue la condition essentielle de tout accompagnement.

5. Quels sont les trois messages clés que les participants retiendront de votre conférence ?

  •  1. Derrière un comportement, il y a un besoin.
    Comprendre ce que le comportement cherche à exprimer permet de répondre autrement et d’éviter des interprétations trop rapides ou des réponses inadaptées.
  • 2. La sécurité se construit dans la relation et dans la continuité.
    L’enfant a besoin d’adultes disponibles, prévisibles et suffisamment sécurisants pour pouvoir progressivement investir son environnement.
  • 3. Prévenir les ruptures est une responsabilité collective.
    Éviter une rupture de placement ne repose pas uniquement sur l’enfant ou sur la famille d’accueil. Cela suppose un travail coordonné entre les différents professionnels, une attention portée aux besoins de l’enfant et un étayage soutenant des « porteurs de soins ».

6. Comment la théorie de l’attachement permet-elle de mieux comprendre certains comportements de l’enfant, notamment lorsqu’ils interrogent ou mettent les professionnels en difficulté ?

Elle nous permet de prendre de la distance par rapport à nos premières réactions. Face à un enfant qui refuse le lien, repousse l’adulte, teste constamment les limites, semble indifférent à une séparation ou adopte des comportements très intenses, il peut être tentant de penser qu’il « ne veut pas » de la relation ou qu’il cherche volontairement à mettre l’adulte en échec.

La théorie de l’attachement nous invite à regarder les troubles comme une protection. Certains enfants ont appris que les adultes ne sont pas toujours disponibles, prévisibles ou fiables. Ils ont développé des stratégies relationnelles qui ont eu du sens dans leur histoire, mais qui deviennent difficiles à vivre dans leur nouvel environnement. Cette lecture ne signifie pas tout accepter. Elle permet plutôt de répondre avec davantage de compréhension, de constance et de sécurité, tout en maintenant un cadre clair.

7. En quoi la qualité des liens précoces et la sécurité affective influencent-elles le développement émotionnel, social et relationnel de l’enfant ?

Les premières expériences relationnelles participent à la manière dont l’enfant va progressivement construire sa représentation de lui-même, des autres et du monde. Lorsque l’enfant peut compter sur des adultes disponibles et prévisibles, il développe un sentiment de sécurité qui lui permet d’explorer son environnement, d’exprimer ses émotions et de tisser des liens. À l’inverse, lorsque son histoire est marquée par des ruptures, il a besoin de plus de temps et de répétitions pour accorder sa confiance.

Dans le cadre du placement, cela nous conduit à porter une attention particulière à la qualité du quotidien : les routines, les repères, la disponibilité de l’adulte, la régulation des émotions, ainsi que la préparation des séparations et des transitions. Ce sont parfois des gestes très simples, mais leur répétition et leur prévisibilité construisent progressivement de la sécurité.

8. Concrètement, comment les professionnels peuvent-ils s’appuyer sur la théorie de l’attachement pour ajuster leur posture et leurs pratiques ?

Les assistants familiaux sont au quotidien au cœur de la relation avec l’enfant. Ils sont fortement sollicités, voire mis à rude épreuve par certains comportements. Les soutenir, leur donner du sens sur ce qu’ils vivent et leur offrir un espace de réflexion est essentiel pour éviter l’isolement, le sentiment d’incompétence et d’impuissance.

Cette appropriation demande du temps et nécessite des « arrêts sur image » à partir de situations vécues. Nous les encourageons à se poser plusieurs questions clés :

  • Que vit l’enfant à ce moment-là ?
  • Qu’est-ce que cette situation vient réveiller chez lui ?
  • Que cherche-t-il à exprimer ou à éviter ?
  • Qu’est-ce que cela déclenche chez moi, et qu’est-ce que ma propre réaction risque de produire dans la relation ?

Mieux se connaître et repérer ce qui nous met en difficulté permet de ne pas réagir sous le coup de l’émotion. Concrètement, nous les accompagnons à développer une posture sécurisante : être prévisible, maintenir un cadre stable et contenant, verbaliser le vécu, anticiper les changements, préparer les séparations et ajuster leur niveau d’exigence.

9. Quel est l’objectif principal que vous souhaitez atteindre auprès des participants à l’issue de votre conférence ?

Nous souhaitons, avec beaucoup d’humilité, partager notre expérience du terrain. Au sein de notre service, l’approche par l’attachement nous a permis de porter une attention globale : à la sécurité affective de l’enfant, mais aussi à ce qui soutient l’adulte dans la durée pour qu’il reste disponible.

Dans le contexte de la protection de l’enfance, nous faisons l’hypothèse que cette attention portée à la qualité du lien permet à l’enfant de s’inscrire durablement dans son lieu de vie, et contribue ainsi à prévenir le risque de nouvelles ruptures dans son parcours.

III. Informations pratiques

10. Pourquoi assister à cette conférence ?

Parce que la théorie de l’attachement est un véritable outil de terrain pour penser et ajuster nos pratiques au quotidien. Elle nous aide à prendre du recul face aux situations complexes et à sécuriser le parcours des enfants.

Et surtout, parce que derrière chaque comportement difficile, chaque rupture envisagée ou chaque situation bloquée, il y a un enfant qui a besoin que les adultes fassent équipe autour de lui pour l’aider à trouver sa place en toute sécurité.

  • Date & Horaire : Vendredi 27 novembre 2026, de 14h00 à 17h00
  • Lieu : Adelis Espace Beaulieu – Nantes
  • Intervenants & Structures :
    • Dr Nolwenn Decaux-Ferré, Pédiatre, formatrice à l’Institut de la Parentalité et Présidente de l’association Ti Liammou
    • Laure Bisserier, Cheffe de Service Educatif PFSE & son équipe (Pôle Protection de l’Enfance – ADEI 17 la Charente-Maritime)
  • Sites web : institut-parentalite.fr | adei17.com/etablissement/pfse/

Inscription

Les places étant limitées, merci de vous inscrire à l’avance via le bouton ci-dessous :

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